LANGUE... VIVANTE !


Notre beau français est une langue vivante…

Et quelle vie !

 

Décorée de fioritures au goût parfois contestable, accommodée selon l’air du temps et les régions, prise d’assaut, par quelques élites parisiennes et médiatiques désireuses d’y inscrire leur marque, joyeusement bousculée, enfin, par les plus jeunes en soif d’émancipation.

 Les parisianismes et snobismes langagiers peuvent gratter le fond de l’oreille et peiner à gagner la complaisance. Parmi ceux-là, le « C’est juste génial/magnifique/énorme », où le « juste » se rapproche du doigt tendu montrant son sujet, celui-là même que des générations de parents ont fustigé sans ménagement. Attention aux tapes sur les mains.

 

Il y a aussi la course aux superlatifs aux accents d’Italie, qui, certes, se colorent d’un brin d’exotisme latin, mais à envahir le discours font courir le risque de la platitude. Car lorsque tout est « drôlissime », « énormissime », « cultissime » et même « topissime », comment qualifier le suprême ?! C’est la réalité toute crue, trop d’« issime » tue l’« issime »…

 

Je nourris en revanche une tendresse particulière pour les créations langagières de nos plus jeunes. Attardons-nous un instant sur l’inventivité exponentielle qui chamboule l’ordre de nos superlatifs, menaçant certains, oui, le mot n’est pas trop fort, d’extinction.

 

Jusqu’alors, une journée était « très » belle, un copain « très » sympa, un prof « très » sévère ou « très » mou … Un cran au-dessus, nous pouvions compter sur le chouchou populaire et sa sobre décontraction : le « super ». Et alors une journée devenait « super belle », un copain « super sympa », etc. Nous aurions pu en rester là, tenant entre nos langues comblées tout ce qu’il nous fallait pour qualifier toute chose. Que nenni ! Voici désormais ce qui fuse et défrise le langage secoué par  nos jeunes, le désir intense de défier la ringardise chevillé au corps :  un copain est « trop » sympa, une journée est « au taquet » belle, un prof « grave » sévère, ou « grave » mou selon la situation.

 

Voici notre bref et simple « très », passe-partout et sans histoires, discret et pratique, relégué au rang des has-been, des objets inutiles prenant la poussière au fond de l’étagère...  Car aujourd’hui tout doit être « trop », « au taquet », ou « grave » pour être digne d’intérêt. Quel besoin de ce grave et ce taquet en haut ? Besoin de sensations ? Besoin de monter plus haut sur l’échelle ? La question se pose : devons-nous alerter une quelconque association de défense de l’extinction possible des « très » et des « super » ?

 

Nous pourrions suggérer, si le certes bien sage « très » ne suffisait pas, d’aller chercher le délicat « délicieux », l’ambitieux « prodigieusement », le magnanime « fabuleusement », et bien d’autres gourmandises langagières qui ne se trouvent plus guère que sur quelques pages de livres.

 

Mais gardons-nous de sombrer dans l’aigreur de la désespérance. Notre langue est accueillante et fertile, en mouvement perpétuel. Nos jeunes y aiguisent leur liberté. Puissent-ils y trouver leur terrain de jeux et d’expériences, leur étendard, leur fort, leur bastion, leur acte de bravoure, leur révolution. Et par-dessus tout, une amie, un refuge… au taquet juste génialissime !

 

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